Sarkozy : Cap vers le populisme

Mercredi, Sarkozy sera officiellement candidat, sans doute que si demain il ne fêtait pas la Saint Valentin, c’est dès ce mardi qu’il aurait levé le voile sur ce secret de polichinelle. On ne sait pas encore si c’est là que l’annonce se fera mais il sera mercredi soir au 20h de TF1. Il considère certainement que nommer le président d’une chaine n’est donc pas un gage suffisant d’asservissement et va donc bouder le service public. Mais il n’est pas besoin d’attendre mercredi pour constater un virage dans la campagne.
Il y a quelques mois mon intuition était que la campagne pour la réélection de Sarkozy allait s’inspirer de la campagne de Bush 2004, dont j’espérais évidemment une issue inversée. En 2004 un élément de langage, signé Karl Rove, a été décisif dans la réélection de W « on ne change pas de chef au milieu d’une guerre » cette guerre là était bien réelle. Il fallait pour l’UMP adapter cet élément à la situation française. La droite allait donc dramatiser la situation internationale. Les semaines qui suivirent amenaient leur lot d’éléments me confortant dans cette perspective. Bruno le Maire a évoqué une guerre contre les marchés. Bernard Accoyer a parlé de conséquences similaires à celle d’une guerre en cas d’élection de François Hollande, Geoffroy Didier de chaos. Dans le même temps le président jouait le rôle du capitaine gardant le cap, faisant mine de se désintéresser du scrutin à venir. Cette situation de « créons de la peur pour pouvoir vendre de la protection » semblait être le crédo de l’UMP dans cette campagne. Mais je me suis trompé, ce ne sera pas le ton de cette campagne.
L’intégration de Guillaume Peltier (ex FN, ex MNR, ex MPF) au dispositif de campagne a certainement été un élément déterminant, même si la présence de conseillers à l’idéologie d’extrême droite à l’Elysée, tels que Patrick Buisson (ex Minute), est déjà ancienne. Les éléments de langage égrenés ces dernières semaines, l’interview droitière de Sarkozy dans le Figaro Magazine, le dérapage contrôlé de Guéant, tous indiquent un changement de cap, l’UMP ne va pas vendre de la stabilité, du réconfort, elle va vendre du populisme.
Énumérons les éléments dont nous disposons, François Hollande est qualifié d’ « arrogant » et de « candidat du système ». Les termes « relativistes » de « bien pensant » sont également très présents dans ce début de campagne. Et que dire enfin de l’usage du « bon sens » pour qualifier les propos les plus ignobles. Il nous est également annoncé que jeudi, le désormais candidat Sarkozy fera un déplacement visant à montrer sa proximité avec le peuple, à s’opposer aux élites ; ce qui était déjà le thème de son déplacement à Fessenheim. Sarkozy joue vraiment tous les thèmes du populisme. A la défense du bilan du quinquennat s’est substituée une course à l’échalote avec Marine Le Pen sur les terrains du conservatisme sociétal, de la lutte contre l’islam et contre toute forme d’immigration illégale et même légale.
Ce revirement populiste m’étonne, tout d’abord puisque qu’il limite de fait la stratégie initiale prévue de longue date. Il va être difficile de jouer à la fois la carte de la stabilité et celle de la lutte contre les élites, mais peut être vont ils essayer de jouer sur les deux tableaux. Ensuite Sarkozy va s’enfermer dans une situation très paradoxale. Sarkozy va donc prétendre être le candidat anti système, celui de la lutte contre une élite médiatique « bien pensante ».
Comment peut-on prétendre être anti système quand on a fêté son élection avec la majorité des patrons du Cac 40 ? Comment peut-on prétendre être anti système quand l’on a été 7 ans ministre, et que l’on reproche à son adversaire de ne jamais l’avoir été ? Comment peut-on prétendre être anti système quand on aime clamer avoir été « à la barre » de ce pays pendant les cinq dernières années et que les multiples hausses d’impôts effectuées ont concerné l’ensemble des français et que dans le même temps, l’ensemble des baisses d’impôts n’ont concerné qu’un nombre restreint de français les plus riches ? Comment peut-on prétendre être anti système lorsque l’un de ses comités secrets de campagne est composé d’Etienne Mougeotte, ancien directeur de TF1 et actuel directeur du Figaro, Gérard Carreyrou, éditorialiste pour France Soir, Jean-René Fourtou, président du conseil de surveillance de Vivendi, et encore d’autres figures du monde financier et médiatiques (Charles Villeneuve, Michel Pébereau de la BNP Paribas) ?
Ce virage populiste conjugué à l’accélération du calendrier de la droite donne le ton de cette campagne à venir, elle sera la campagne la plus brutale de la 5ème république. Tous les moyens seront bons pour essayer d’obtenir sa réélection, toutes les stigmatisations, tous les mensonges, toutes les insinuations. L’Etat de la société après une campagne aussi brutale ne le préoccupe pas : il considère sa réélection comme une fin et non comme un moyen.